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Portraits de créateurs - Page 3

  • Patchwork à Sainte-Marie-aux-Mines (2)

    Inger Johanne Rasmussen est une artiste norvégienne dont les œuvres sont stupéfiantes : elles s'apparentent aux tapisseries contemporaines par leur univers pictural et leur taille imposante, voire monumentale, bien qu'il ne s'agisse pas de tapis tissés mais d'un puzzle figuratif et ornemental de lainages feutrés et teints à la main.

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    Le drapé dans le tableau ci-dessus est un effet trompe-l’œil saisissant. Et ce travail sur les triangles, au graphisme puissant, laisse deviner un village planté sur un coteau, dont une maison laisse échapper des volutes de fumée de sa cheminée. C'est à la fois gai et plein de force et de mouvement. Cela évoque Auguste Herbin, ou encore les Futuristes... Les Cubistes ne seraient pas trop loin, il me semble, si Inger Johanne Rasmussen n'utilisait pas une palette riche et variée, lumineuse et dense.

    La méthode utilisée par Inger Johanne Rasmussen s'apparente à l'intarsia bien connu des tricoteuses, qui se distingue du jacquard par le fait que les fils de couleur ne courent pas tout le long du rang : il s'agit au contraire de tricoter des zones de couleurs qui forment des taches contiguës.

    Si on interroge Inger Johanne Rasmussen - ce qui était possible, car l'artiste était présente sur les lieux de l'exposition - elle explique gentiment comment elle s'y prend pour pour former ses motifs.

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    Cela semble très simple lorsqu'elle le dit avec un grand sourire - elle utilise du "visofix" pour coller les éléments de ses tableaux et les maintient par un feston discret ton sur ton -, mais qu'on ne s'y trompe pas : la maîtrise des formes et des couleurs est celle d'une artiste chevronnée. Rien d'étonnant alors si ses œuvres sont exposées dans des musées ou des galeries, en Norvège, au Japon,  ou en Suède, par exemple.

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    Détail du tableau précédent :

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    Détail d'une longue fresque impossible à photographier en entier mais qu'on trouve sur le site de l'artiste : je la reproduis ci-après, avec l'aimable autorisation d'Inger Johanne Rasmussen. On retrouve dans ce travail tout le soin que met l'artiste à la recherche d'effets de couleurs et de lumière.

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    Une pure merveille de 5 ou 6 mètre de long !

    Inger Johanne Rasmussen a réalisé une autre fresque qu'on trouve sur son site et reproduite ci-dessous de gauche à droite...

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    ... ou de droite à gauche !

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    Un tableau vertical qui joue avec la lumière : le nénuphar aux formes arrondies et figuratives s'impose à nous sur ce fond très géométrique...

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    Voici la fée Inger Johanne Rasmussen, aux côtés d'une de ses œuvres les plus particulières, mais que je n'ai pu admirer à Ste-Marie-aux-Mines :

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    Ces photos donnent une idée de la taille des tableaux !

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    Une artiste à suivre absolument !!!

    Allez faire un tour sur son site : j'ai reproduit les photos qu'on y trouve avec l'autorisation de Inger Johanne Rasmussen qui m'a répondu dans l'heure avec beaucoup de gentillesse. Vous y trouverez aussi tous les noms des tableaux.

    Le prochain article présentera un second coup de cœur du Carrefour !

  • Coup de coeur pour Mandy Pattullo

    Mandy Pattullo est une artiste textile britannique qui travaille dans le Northumberland.

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    Crédit photo : Mandy Pattullo

    Son œuvre est empreinte de poésie : cela tient tout autant à l'usage délicat qu'elle fait des tissus anciens - patchworks oubliés, patinés par le temps, usés parfois jusqu'à laisser apparaître la trame, tissus aux couleurs passées - qu'à un sens aigu de l'histoire et de la mémoire.

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    Crédit photo : Mandy Pattullo

    Il y a des strates nombreuses et riches sous les couches de matériaux des collages de cette artiste. Elle les superpose avec justesse, et, comme on devine dans notre présent les influences de notre passé, de nos histoires, personnelles ou collectives, régionales ou nationales, les collages de Mandy Pattullo laissent affleurer les sous-couches des vies traversées par ces étoffes.

    Elle travaille les tissus anciens pour les transformer en autant de tableaux qui paraissent éclore sous ses doigts, mais aussi pour en faire des vêtements uniques et proprement sidérants !

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    Crédit photo : Mandy Pattullo

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    Crédit photo : Mandy Pattullo

    Harris Tweed, so british !

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    Crédit photo : Mandy Pattullo

    Ce mélange de quilts à l'envers ou à l'endroit, de canevas surannés et broderies naïves peut rappeler le travail d'autres artistes françaises, telles Léa Stansal ou Ségolaine Schweitzer, mais il y a une note de fragilité et des motifs empruntés à l'univers pictural britannique dans ces œuvres, qui marient d'une manière assez paradoxale le baroque et le victorien.

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    Crédit photo : Mandy Pattullo

    Memento Mori

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    Crédit photo : Mandy Pattullo

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    Crédit photo : Mandy Pattullo

    Sketchbook :

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    Crédit photo : Mandy Pattullo

    Pour finir, il faut évoquer les "Remember me" de Mandy Pattullo, hommage d'une femme d'aujourd'hui aux jeunes vierges disparues prématurément, dont les vêtements et objets personnels étaient assemblés en guirlandes ornées de fleurs de papiers et de broderie, qu'on accrochait dans les églises en leur mémoire, du XVIIème siècle jusqu'au milieu du XIXème siècle.

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    Crédit photos : Mandy Pattullo

  • Sacs au crochet : et de deux, et de trois !

    Comme je l'ai déjà indiqué dans un commentaire d'un précédent article, on trouve de nombreux exemples de sacs au crochet, tricotés en rond, sur le net. Mais il y a un blog que je vous recommande tout particulièrement à ce sujet : il s'agit de clothogancho.

    L'auteure de ce blog est une virtuose de la couleur, mais elle propose ici, avec des explications détaillées dans les commentaires, un cabas à base rectangulaire. Par ailleurs, on trouve dans le même article un sac crocheté en rond qui a inspiré les couleurs de celui que je propose ici. A vrai dire, il s'agissait là encore de "faire avec" les pelotes disponibles récupérées ici ou là.

    Quoiqu'il en soit, ce blog est à visiter au plus vite !

    Voici donc deux sacs inspirés de ce que propose la rédactrice du blog clothogancho, mais avec une libre interprétation des mesures et du "how to do" ("comment faire") !

    Le premier, inachevé, qui n'utilise que des pelotes très usagées, dans des ton neutres, et dont la semelle est réalisée avec les recommandations trouvées dans ce même blog.

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    Et voici le petit sac (30 cm de haut) chiné dans les tons de bleu et de vert, agrémenté ici ou là d'une pointe de couleurs contrastées.

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    Une des vieilles pelotes utilisées :

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    On superpose les boutons pour harmoniser les teintes :

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    A l'intérieur du sac, d'autres pelotes à crocheter ou tricoter !

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    Petit aperçu du jeu de lumière à travers les mailles de cet ouvrage pourtant crocheté très serré. Mais les photons ont trouvé mille astuces pour se frayer un chemin, comme à l'ordinaire !

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  • L'artiste du mois d'octobre : Ron Mueck

    J'ai découvert l'artiste australien Ron Mueck en surfant sur le net en 2005 ou 2006. Quelques mois plus tard, j'ai eu l'opportunité de découvrir ses oeuvres exposées dans un musée d'Edimbourg (Ecosse).

    On peut se laisser émouvoir par sa vision de l'humain actuellement à Paris, dans la fondation Cartier, jusqu'à fin octobre 2013.

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    Ce qui caractérise les sculptures de Ron Mueck, c'est leur taille et leur hyperréalisme : les personnages humains sont rarement de taille normale mais plutôt représentés à une échelle insolite. Des fœtus immenses, un couple âgé de 40 cm de haut, un enfant à l'étroit dans une salle d'exposition très haute... Tout cela dérange, intrigue, renvoie à soi-même de manière étonnante.

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    La précision des détails est stupéfiante : Ron Mueck est un ancien marionnettiste et cela se voit ! Comme a pu le dire le photographe Gautier Deblonde, "chacun se retrouve à un moment de sa vie dans un vécu qui correspond aux sculpture de Ron. On se sent regardé, on se sent presque regarder soi-même. Et c'est cela qui est fascinant."

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    Une œuvre émouvante qui laisse des traces profondes dans l'imaginaire !

    Voici trois vidéos disponibles sur le site de la Fondation Cartier qui montrent Ron Mueck dans son atelier, en train de monter l'exposition et la réaction d'artistes.

  • L'artiste du mois de septembre : Gordon Hopkins

    Gordon Hopkins est un artiste américain installé à Bruxelles dont on pouvait voir les œuvres cet été sur l'île de Ré, dans la galerie "Glineur" de Saint Martin de Ré. Pour une première découverte de cette île, ce fut une réussite : à côté du charme de cette nature très particulière qui rappelle un peu la Camargue, la visite de cette galerie fut un choc esthétique intense !

    Voici quelques vues de son travail très particulier : il utilise en effet des bâtons d'huile sèche qu'il superpose pour donner un effet de profondeur et d'intensité aux couleurs qu'il applique en motifs larges.

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    Tonique, n'est-ce pas ? Ses toiles sont de bonne dimension, comme on peut s'en rendre compte sur la photo ci-dessous, dans la galerie "Glineur" :

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    Ci-dessous, une vidéo de Gordon Hopkins au travail :

    Un artiste à suivre, pour se "laver le regard" dans cet océan de couleurs et de lumière !

  • L'artiste du mois d'août : Charlotte Salomon

    L'oeuvre de Charlotte Salomon est probablement unique en son genre : si Anne Franck a choisi de faire le récit de sa vie par l'écriture, c'est la peinture qu'utilise Charlotte Salomon pour raconter la sienne.

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    Charlotte Salomon est née en 1917 à Berlin dans une famille juive : les exactions contre les juifs en Allemagne dès 1933 contraignent sa famille à l'exil. Charlotte est envoyée chez ses grands-parents en 1938 dans le sud de la France, à Nice.

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    Ce n'est pas la première tragédie que connaît la famille : la mère de Charlotte s'est suicidée lorsqu'elle avait 9 ans, ce qu'elle apprendra de la bouche de sa grand-mère bien plus tard. Celle-ci se donne aussi la mort en France, peu après l'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne. Charlotte se retrouve seule avec son grand-père âgé.

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    En Allemagne, Charlotte avait pu entrer à l'Académie de Beaux-Arts de Berlin, malgré les quotas très bas d'étudiants juifs imposés par les Nazis. Mais c'est en France qu'elle décide de raconter sa vie sous une forme originale : elle réalise des gouaches (plus de 700 !) qui relatent les évènements marquants de sa vie, de manière parfois romancée. Ces tableaux sont accompagnés de textes et de musiques intégrés dans les dessins comme s'il s'agissait de bandes dessinées. Elle intitule cette oeuvre "Leben ? oder theater ?" ("Vie ? ou théâtre ?")

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    La palette qu'elle utilise rappelle celle des peintres fauves, mais aussi celle de Modogliani : les couleurs sont vives mais pas criardes, souvent atténuées de gris chromatiques. 

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    Ce qui ressort de cette oeuvre, c'est son originalité et sa puissance ; avec humour et un sens du tragique réaliste en ces temps de persécution, Charlotte Salomon déroule le fil de sa vie à travers les évènements saillants d'une jeune femme de son âge : les relations avec son père et Paula, sa deuxième femme, les premiers émois de l'amour, et bien sûr le contexte politique désastreux et fatal. Peu à peu, ses dessins gagnent en énergie et en agressivité, traduisant l'angoisse croissante de la jeune femme.

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    Charlotte se marie en 1943 avec un réfugié juif comme elle : peu après, le couple est arrêté sur dénonciation et déporté à Auschwitz. Charlotte est alors enceinte. On pense qu'elle a été assassiné dès son arrivée au camp d'extermination.

    Peu avant son arrestation, elle avait réussi à confier "Leben ? oder theater ?" à un ami qui a pu sauver son oeuvre.

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    Cet ensemble de gouaches constitue bien sûr un témoignage capital sur la vie d'une jeune artiste réfugiée pendant la seconde guerre mondiale. Mais cette oeuvre est aussi magistrale en elle-même : le talent de Charlotte Salomon est manifeste et suscite une profonde émotion.

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