Portraits de créateurs - Page 4

  • L'artiste du mois d'octobre : Ron Mueck

    J'ai découvert l'artiste australien Ron Mueck en surfant sur le net en 2005 ou 2006. Quelques mois plus tard, j'ai eu l'opportunité de découvrir ses oeuvres exposées dans un musée d'Edimbourg (Ecosse).

    On peut se laisser émouvoir par sa vision de l'humain actuellement à Paris, dans la fondation Cartier, jusqu'à fin octobre 2013.

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    Ce qui caractérise les sculptures de Ron Mueck, c'est leur taille et leur hyperréalisme : les personnages humains sont rarement de taille normale mais plutôt représentés à une échelle insolite. Des fœtus immenses, un couple âgé de 40 cm de haut, un enfant à l'étroit dans une salle d'exposition très haute... Tout cela dérange, intrigue, renvoie à soi-même de manière étonnante.

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    La précision des détails est stupéfiante : Ron Mueck est un ancien marionnettiste et cela se voit ! Comme a pu le dire le photographe Gautier Deblonde, "chacun se retrouve à un moment de sa vie dans un vécu qui correspond aux sculpture de Ron. On se sent regardé, on se sent presque regarder soi-même. Et c'est cela qui est fascinant."

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    Une œuvre émouvante qui laisse des traces profondes dans l'imaginaire !

    Voici trois vidéos disponibles sur le site de la Fondation Cartier qui montrent Ron Mueck dans son atelier, en train de monter l'exposition et la réaction d'artistes.

  • L'artiste du mois de septembre : Gordon Hopkins

    Gordon Hopkins est un artiste américain installé à Bruxelles dont on pouvait voir les œuvres cet été sur l'île de Ré, dans la galerie "Glineur" de Saint Martin de Ré. Pour une première découverte de cette île, ce fut une réussite : à côté du charme de cette nature très particulière qui rappelle un peu la Camargue, la visite de cette galerie fut un choc esthétique intense !

    Voici quelques vues de son travail très particulier : il utilise en effet des bâtons d'huile sèche qu'il superpose pour donner un effet de profondeur et d'intensité aux couleurs qu'il applique en motifs larges.

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    Tonique, n'est-ce pas ? Ses toiles sont de bonne dimension, comme on peut s'en rendre compte sur la photo ci-dessous, dans la galerie "Glineur" :

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    Ci-dessous, une vidéo de Gordon Hopkins au travail :

    Un artiste à suivre, pour se "laver le regard" dans cet océan de couleurs et de lumière !

  • L'artiste du mois d'août : Charlotte Salomon

    L'oeuvre de Charlotte Salomon est probablement unique en son genre : si Anne Franck a choisi de faire le récit de sa vie par l'écriture, c'est la peinture qu'utilise Charlotte Salomon pour raconter la sienne.

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    Charlotte Salomon est née en 1917 à Berlin dans une famille juive : les exactions contre les juifs en Allemagne dès 1933 contraignent sa famille à l'exil. Charlotte est envoyée chez ses grands-parents en 1938 dans le sud de la France, à Nice.

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    Ce n'est pas la première tragédie que connaît la famille : la mère de Charlotte s'est suicidée lorsqu'elle avait 9 ans, ce qu'elle apprendra de la bouche de sa grand-mère bien plus tard. Celle-ci se donne aussi la mort en France, peu après l'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne. Charlotte se retrouve seule avec son grand-père âgé.

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    En Allemagne, Charlotte avait pu entrer à l'Académie de Beaux-Arts de Berlin, malgré les quotas très bas d'étudiants juifs imposés par les Nazis. Mais c'est en France qu'elle décide de raconter sa vie sous une forme originale : elle réalise des gouaches (plus de 700 !) qui relatent les évènements marquants de sa vie, de manière parfois romancée. Ces tableaux sont accompagnés de textes et de musiques intégrés dans les dessins comme s'il s'agissait de bandes dessinées. Elle intitule cette oeuvre "Leben ? oder theater ?" ("Vie ? ou théâtre ?")

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    La palette qu'elle utilise rappelle celle des peintres fauves, mais aussi celle de Modogliani : les couleurs sont vives mais pas criardes, souvent atténuées de gris chromatiques. 

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    Ce qui ressort de cette oeuvre, c'est son originalité et sa puissance ; avec humour et un sens du tragique réaliste en ces temps de persécution, Charlotte Salomon déroule le fil de sa vie à travers les évènements saillants d'une jeune femme de son âge : les relations avec son père et Paula, sa deuxième femme, les premiers émois de l'amour, et bien sûr le contexte politique désastreux et fatal. Peu à peu, ses dessins gagnent en énergie et en agressivité, traduisant l'angoisse croissante de la jeune femme.

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    Charlotte se marie en 1943 avec un réfugié juif comme elle : peu après, le couple est arrêté sur dénonciation et déporté à Auschwitz. Charlotte est alors enceinte. On pense qu'elle a été assassiné dès son arrivée au camp d'extermination.

    Peu avant son arrestation, elle avait réussi à confier "Leben ? oder theater ?" à un ami qui a pu sauver son oeuvre.

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    Cet ensemble de gouaches constitue bien sûr un témoignage capital sur la vie d'une jeune artiste réfugiée pendant la seconde guerre mondiale. Mais cette oeuvre est aussi magistrale en elle-même : le talent de Charlotte Salomon est manifeste et suscite une profonde émotion.

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  • L'artiste du mois de juillet : Eleanor Mc Cain

    Eleanor Mc Cain réalise des quilts qui rappellent la simplicité des quilts Amish tout en apportant une touche de modernité par l'usage d'un graphisme puissant.

    C'est le cas, par exemple, du quilt ci-dessous :

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    Eleanor Mc Cain démontre qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un motif inédit pour produire un effet novateur : son usage du "nine patch" (motif comportant 9 carrés) est si marquant qu'on reconnaît immédiatement un de ses "nine patch" lorsqu'on en rencontre un sur la toile !

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    Explosion de couleurs, le plus souvent unies : un régal pour les yeux !

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    Il n'est pas nécessaire de recourir à des motifs compliqués : un solide sens de la couleur suffit à Eleanor Mc Cain pour illustrer sa maîtrise des valeurs.

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    Graphisme puissant...

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    ... ou jeu de couleurs aléatoires :

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    Sans oublier un usage maîtrisé des tons neutres, comme ci-dessous :

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  • L'artiste du mois de juin : Anne Woringer

    J'ai rencontré Anne Woringer à Nantes, et je dois dire que j'ai été séduite par sa personnalité : sensible et imaginative, chaleureuse et accueillante, cette frèle artiste textile fait naître des univers abstraits qui paraissent néanmoins familiers.

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    Son travail est devenu de plus en plus épuré au fil du temps : sa maîtrise des toiles teintes à l'indigo est stupéfiante, et le face-à-face avec chacun de ses quilts fait naître des émotions étonnantes.

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    IMG_4131.JPGLorsqu'on évoque avec elle les "Boro" (voir photo ci-contre), ces couvertures de chanvre recyclé que les Japonais du Nord de l'Archipel réalisaient pour envelopper toute la famille, Anne Woringer s'anime encore plus et exprime toute sa passion pour cet artisanat textile domestique : austères matières des pays pauvres, très éloignées du luxe de la soie ou de la chaleur de la laine, les matériaux utilisées teints en indigo étaient néanmoins assemblés, décorés, brodés - ils feront l'objet d'un prochain article sur ce blog. 

    Le travail d'Anne Woringer n'est pas sans rappeler ces ouvrages modestes et néanmoins magnifiques : hommage d'une artiste à ces témoignages du passé qui expliquent sans doute aussi pourquoi les oeuvres contemporaines d'Anne Woringer nous émeuvent tant. Il en est souvent ainsi des traits d'union entre l'art et l'artisanat, lorsque le premier n'oublie pas ce qu'il doit au second, tout en l'élevant à une dimension artistique incontestable.


    Si vous souhaitez découvrir plus avant les oeuvres d'Anne Woringer, vous pouvez le faire en vous procurant l'ouvrage qui lui est consacré : "Au fil d'une passion", éd. Quiltamania.

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  • L'artiste du mois de mai : Segolaine Schweitzer

    Découverte à Nantes, au salon "Pour l'amour du fil", Ségolaine Schweitzer est une artiste textile (patchwork) qui travaille surtout les lainages. Unis ou à carreaux, rebrodées, coupés ou déchirés, assemblées à bords francs et maintenus par des points de laine, ses puzzles de lainage racontent des histoires à différents niveaux.

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    Le matériau tout d'abord : on soupçonne celui-ci de ne pas en être à sa première vie, son premier voyage. Vêtements recyclés, chutes de taille d'un manteau ou d'une jupe, ces étoffes moelleuses se marient aux écossais vivement colorés ou sombres en un motif souvent simple : log cabin ou jardin de grand-mère sans prétention.

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    Mais les tableaux qui naissent de ces assemblages ne manquent pas eux-même de poésie : ils évoquent les couvertures des temps révolus, patinés par l'usage, et s'ornent d'oiseaux, de branchages dignes d'un sous-bois. Bref : les odeurs de pluie et de mousses humides, de champignons et de lichen ne sont pas loin !

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    Et pour terminer, une photo de vestes réalisées par Ségolaine Schweitzer :

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    Un seul regret : ces expositions ayant été reléguées au sous-sol, les patchworks étaient mal éclairés. Mais les oeuvres exposées valaient toutes le coup d'oeil !