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hiroshima

  • Vous avez dit "guerre juste" ?

    Une note un peu particulière, aujourd'hui, pour un jour qui ne l'est pas moins. 70 ans nous séparent du lancement de la première bombe atomique visant l'extermination de populations civiles.

    Alors voici quelques réflexions que je souhaite partager avec vous, lecteurs patients de ce blog.

    Il faut en finir avec le mythe du "mal nécessaire" qui a été servi à ma génération pour lui faire accepter l'inacceptable de cette manière effroyable de faire plier un pays déjà à terre. L'enfant que j'ai été a pu un temps adhérer à cette opinion, si consensuelle, si prompte à faire taire toutes les oppositions. "La bombe atomique a permis d'éviter le sacrifice de milliers de GIs". Puis, jeune adulte, j'ai laissé le doute affleurer. Il était en effet évident qu'on n'avait pas laissé le temps au Japon de capituler entre les lancements des deux bombes. L'argument inacceptable pour la première devenait ignoblement cynique pour la seconde ! Puis est venu le temps du rejet total et l'étonnement de voir perdurer ce mythe.

    Mais je ne me suis pas vraiment remise de constater que l'évidence de l'horreur avait mis du temps à faire son chemin dans mon esprit. Il fallait aller encore plus loin : les récits de guerre (bataille d'Angleterre, débarquement, capitulation de l'Allemagne...) nous ont accoutumés à l'idée "qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs". Mais les œufs, en l'espèce, ce sont des enfants, ce sont des civils. Ce sont des gens, des femmes, des hommes, des humains qui vivaient et ont été anéantis.

    Je ne renvoie pas dos à dos les Alliés et les Nazis : je sais qu'il est facile de refaire l'histoire après-coup. Mais il est toujours possible (et souhaitable) de tirer les leçons d'erreurs passées. Or, les pays Européens et les USA, en ayant recours systématiquement à ce "non-concept" creux du "mal nécessaire", ont fermé la porte à une réflexion de fond sur la non-violence, sur le refus de toute forme de massacre de civils. Pas de débat pour savoir si les bombardements de Dresde, d'Hiroshima, de Nagasaki étaient critiquables. Et cela, c'est extrêmement dangereux.

    Dangereux, parce que les guerres ont perduré malgré le désastre que le monde venait de traverser. Et le pli semblait pris : les massacres de civils n'ont pas cessé (qu'on pense seulement à la guerre du Vietnam, aux massacres de Hanoï, ou au Rwanda).

    Dangereux, parce que ces massacres n'ont pas lieu sous nos yeux : lointains, abstraits, différés, délégués, ils en perdent toute réalité. Et ici, on peut évoquer le pilote de drone confortablement installé dans un bureau d'Arizona qui "traite sa cible" à distance.

    Dangereux parce que le monde est en effervescence et n'en finit pas de tendre l'ardoise jamais effacée. Combien de civils l'armée française a-t-elle tués en Lybie ? Au Mali ? En mon nom ? Comment pourrait-il en être autrement, dans un pays libre et démocratique où le chef d’État est élu au suffrage universel.

    Nous n'avons pas été préparés à l'indignation face à l’innommable. On s'indigne difficilement contre des idées ancrées au plus profond de soi, et partagées par les gens qui vivent avec soi. Seule l'éducation peut inverser ces valeurs et préparer une génération à cesser de s’accommoder de l'idée qu'il peut s'avérer inévitable de bombarder des enfants.

    "Y a-t-il des guerres justes", demande souvent l'institution scolaire à ses étudiants en fin de lycée. La réponse est sans appel : une guerre qui provoque la mort d'un civil ne doit JAMAIS être qualifiée de juste.

    Qu'on ne l'oublie pas non plus lorsque les mots de "guerre contre le terrorisme" auront été banalisés et totalement acceptés : c'est au nom de la guerre que les pires comportements de gouvernements démocratiques ont été constatés. Il me semble prudent de rejeter cette qualification avant qu'elle ne devienne le prétexte à des exactions qui pourraient faire de chacun de nous, électeur français, un complice.